• LE DANIEN DE VIGNY (troisième partie)

    ANALYSE BIBLIOGRAPHIQUE (suite)

    Synthèses (1976 - 1989)

     

     

     

    61) - 1976 - Y. Guillevin étudie les gisements dano-montiens du bassin parisien sur la base des données micropaléontologiques et géochimiques.

     

    Les foraminifères indiquent un âge danien pour Vigny, montien pour Montainville et thanétien pour Vertus.

     

    Y, Guillevin distingue à Vigny les lithofaciès suivants:

     

    • La craie durcie qui correspond à un "hard-ground" (terme employé à son sujet dès 1958) formant le contact stratigraphique entre la craie à Belemnitella mucronata et le calcaire récifal.
    • Les faciès construits répartis en deux unités (R 1 et R 2). R 1 correspond à un ensemble de petits récifs alignés, en place ou basculés, et qui sont visibles dans les carrières A à D (fig. 19). Les polypiers encroûtants dominent ("Actinis vigninyensis" (!) et ces récifs sont fréquemment recouverts par un tapis algaire. R 2 est un récif formé en milieu plus calme où dominent les algues lithothamniées. Il est visible au sommet du Bois des Roches.
    • Le calcaire bioclastique I qui est visible surtout dans la carrière A. Il est masqué par des blocs construits (parfois éboulés) dans les carrières B, C, D. La taille des éléments bioclastiques varie en fonction de l'éloignement du récif . Le ciment est habituellement micritique, parfois microcristallin. Sa puissance totale est de 10m.

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    • Le calcaire bioclastique II atteint sa puissance maximale à l'est de la carrière A tandis qu'à l'ouest il disparaît complètement. On le retrouve dans le Bois des Roches (car. E et F). Les gravelles sont plus fines que celles du calcaire bioclastiques et elles augmentent en taille vers le nord-est. Elles ont pour origine une masse récifale située dans le Bois des Roches. La texture de cette roche montre une forte porosité et un ciment peu abondant de calcite spathique ou microcristalline. Le contact entre les deux formations bioclastiques montre une discordance angulaire et il se fait par l'intermédiaire d'une surface horizontale par rapport à celle, mouvementée de la craie.
    • Les calcaires zoogènes se présentent sous forme de blocs éboulés au pied d'abrupts crayeux, ou reposant directement sur le Campanien, ou plaqués contre la craie

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    La superposion des calcaires biodétritiques correspondant aux deux épisodes récifaux. Leur contact se fait par l'intermédiaire d'une discontinuité bien visible et constante.... Celle-ci constitue, au sein des calcaires récifaux le seul repère stratigraphique fiable. L'avancée de l'exploitation laisse entrevoir le contact vertical des assises biodétritiques avec la craie campanienne en place (falaise).

    On le voit; Guillevin est plus restrictif que P. Marie (1964)  en ce qui concerne la distinction des lithofaciès et surtout il indique leur emplacement sur le site... Cette clarification est très utile pour la compréhension de ces assises controversées. D'ailleurs, par delà les chapelles et les clans, Guillevin empunte aussi bien aux méthodes de R. Marlière et P. Desmidt (1960) qu'à celles de P. Marie (1964). Il ne distingue plus que deux épisodes récifaux... Les épanchements bioclastiques des deux épisodes sont dans la grande carrière séparés par une discontinuité et le récif proprement dit du second épisode se situe au sommet de l'anticlinal, dans le Bois des Roches.

     

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    Le deuxième récif s'est édifié sur le sommet de la ride anticlinale de Vigny... Il s'organise dans le Bois des Roches en biostrome... Et sa partie la plus élevée est, par place, dolomitisée (obs. pers. 1987) !

     

      Y. Guillevin propose le modèle suivant pour expliquer l'édification récifale à Vigny.

     

    • A la fin des dépôts crayeux il y a apparition d'une "flexure" sous-marine entraînant la formation d'un haut-fond (anticlinal de Vigny).
    • Emersion.
    • La craie est durcie en surface (sous une faible tranche d'eau ?).
    • Une arrivée marine permet l'installation du premier ensemble récifal le long d'une topographie formée par une succession de rides, de chenaux et de talwegs. Le fond crayeux est tubuluré (bioturbations - terriers tapissés de cristaux spathiques et de framboïdes de fer).
    • Les premiers patch-reef s'alignent selon une direction ouest-est. Il leur correspond les calcaires bioclastiques I issus du démantèlement récifal et qui se déposent dans des eaux agitées.
    • Durant le deuxième épisode récifal les masses construites progradent vers le nord-est (Bois des Roches) et alimentent les calcaires bioclastiques supérieurs.
    • La craie qui repose en discordance sur les calcaires récifaux résulterait d'un glissement sous-marin lequel aurait également entraîné des blocs récifaux.

    3CAR069BLa craie glissée et délayée a entrainé des blocs de calcaire récifal et de craie qui sont appelés dans le jargon jargonnant des géologues "olistolithes"... Ce glissement est contemporain de l'édification récifale comme en témoignent les fossiles que l'on trouve dans la "sole" de glissement de l'olistolithe (je conserve le "h" d'olistolithe bien qu'abandonné par nos modernes géologues... Tant qu'à jargonner, jargonnons au moins de façon correcte éthymologiquement!)

     

    Y. Guillemin a donc, le premier, signalés la présence d'olistolithes à Vigny, lesquels seront bientôt, évidemment puisqu'il s'agit ici d'une petite phrase en passant, « redécouverts » à grands bruits ! (N'exagérons pas: "grands bruits"... Grands bruits dans le tout petit landerneau des potentats dans le domaine "géologique" parisien)...

     

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    L'analyse géochimique (réalisée avec M. Renard) est une nouveauté très importante. Et elle conduit aux conclusions suivantes: "A Vigny, on distingue facilement du point de vue géochimique deux épisodes récifaux correspondant aux calcaires biodastiques inférieurs et supérieurs superposés dans la carrière principale (...). Les deux épisodes récifaux de Vigny correspondent à deux environnements différents, le premier plus profond est beaucoup moins soumis aux influences des eaux continentales ou météoriques que le second. La série récifale de Vigny est donc une série régressive, ceci étant dû, soit à une régression vraie de la mer danienne, soit à un exhaussement de l'anticlinal de Vigny. Quelle qu'en soit la cause, cette tendance régressive aboutit à la disparition du récif."

     

    Cela soulève évidemment la question de l'existence d'une falaise émergée au moment de l'implantation récifale... Bien que cette dernière soit soutenue par de multiples données: contacts verticaux craie en place, calcaires biodétriques daniens, failles de rupture périphérique (listriques), conglomérat basal, sole durcie (hard ground), poches argilo sableuse (avec la présence significative de kaolinite!), craie indurée et perforée par des terriers de type Polydora et Thalasinoidea ... La réponse tient à l'emplacement du prélèvement des échantillons... Aucune mesure n'a été réalisée dans les calcaires d'implantation récifale...

     

    En ce qui concerne les données micropaléontologiques Guillevin indique: "Les associations faunistiques des deux épisodes récifaux présentent de nombreux points communs. Les individus sont sensiblement identiques mais la biocalcarénite supérieure est caractérisée par la réduction générale du nombre d'espèces de la craie sous- jacente." Les corrélations entre les gisements de l'Europe de l'est (Pologne et Pays Scandinaves) et ceux de l'ouest (Vigny, Mons et gisements du Limbourg) sont difficiles. Ceci est dû aux conditions paléogéographiques et climatiques très différentes durant le Paléocène inférieur.

     

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    L’ensemble des foraminifères de Vigny se rapprocherait de celui du Limbourg (Curf). En fait l'argument le plus fort concernant la faunule trouvée dans les calcarénites est un argument par défaut! L'ensemble des taxons signalés par Guillevin est caractérisée par la disparition des espèces crétacées et par l'absence de formes montiennes (que l'on trouve dans les gisements montions du bassin parisien). Et l'auteur de conclure prudemment à propos de la présence du Danien à Vigny "Nous ne pouvons qu'émettre l'hypothèse de sa présence. (...) Une question reste posée: doit-on faire du Danien un étage ? Si l'on s'en tient non seulement à la notion lithologique mais aussi paléontologique de l'étage, ce qui implique la présence de fossiles caractéris­tiques, il faudrait semble-t-il considérer le Danien, dans le bassin de Paris, comme une unité stratigraphique."

    ("Le Montien du bassin de Paris", Thèse de 3ème cycle de l'Université de Paris VI, 229 p.)

     

     (62) -1977-Y. Guillevin. Reprise des données microplaléontologiques et de l'étude du gisement.

     (Cahiers de Micropaléontologie, n°4, 79 p.)

     

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    Parachaetetes asvapatii, Pia, 1910 est une algue solenoporacée très abondante à Vigny. Signalée depuis...l'Ordovicien (Emberger, 1968)! Elle surtout connue depuis le Maastrichtien... A : Thalle en coupe longitudinale. B : Surface supérieur du thalle (avec un foraminifère fixé). C : Aspect habituel du thalle. Il peut atteindre 150 mm de haut! D : Sporange (identique à ceux signalé par Maslov, 1962). E & F : Section longitudinale montrant les cloisons cellulaires concaves.

     

    (63) - 1977- A. F. Poignant cite six espèces d'algues à Vigny et, omparativement à Montainville, la florule dont il dispose lui semble assez pauvre. Dans le bassin parisien "On peut (...) conclure d'une part que les affinités cénozoïques l'emportent très nettement sur les affinités mésozoiques et d'autre part que le cortège algaire caractérise bien le Dano-Montien, on confirme ainsi la présence d'une mer chaude, peu profonde, bien aérée et dynamique, surtout à Vigny, contrastant avec le milieu marin crétacé." Le concept flou de "Dano-Montien" réapparait!

    (Bull. M. Géol, bass. Paris; vol, 14, n°2, p. 57-61)  

     

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    Quelques algues des calcaires construits.  A : Solenomeris douvillei, Pfender, 1926 associ à Peysonella antiqua, Johnson, 1964. B : Archeolithothamnium cf. parisiense (Gümbel, 1871). C : Lithophyllum densum, Lemoine, 1934 avec conceptacles. D : Peyssonelia antiqua, Johnson, 1964. E, F, G : Pseudolithothamnium album, Pfender, 1936. H : Lithothamnium sp.

     

     (64) -1978-Y. Guillevin & M. Renard. Reprise des données géochimiques et de l'analyse précédemment exposées au (61).

    (Bull, Inf Géol, bass. Paris, vol, 15, n° 2, p. 53 -63)

     

    (65) - 1978 - P. Bouniol, D. Nardon & J.C. Meyer. Planche stratigraphique "Cérithes" cénozoïques". Trois cérithidés de Vigny sont représentés. Il est à noter que le "Pyrazus" montensis a précédemment été rapporté au genre Globulocerithium et signalé antérieurement par l'un des auteurs (J.C. M., 1976, publication S.A.G.A.).

    (Publ. "Minéraux & Fossiles, éd. B.R.G.M.)

     

    (66) - 1979 - C. Cavelier & C. Pomerol donnent une chronologie et une interprétation des événements tectoniques dans le bassin de Paris. En ce qui concerne l'épisode "fini-crétacé" ils notent: "Au Danien , probablement supérieur une transgression venue de la Manche atteint l'Ouest de la région parisienne (Vigny, Montainville...). L'existence de récifs coralliens véritables dans l'Ouest du Bassin parisien dénote l'existence d'une mer très chaude où les apports détritiques étaient très réduits. La rareté de la fraction argileuse dans les dépôts essentiellement carbonates et l'absence de glauconie, d'une part, l'existence de reliefs accusés (paléo-vallées) dans le domaine continental et l'âge variable des craies au contact des dépôts daniens, d'autre part, prouvent que la mer a envahi un territoire encore soumis à l'érosion mécanique et pratiquement dépourvu de produits d'altération. Sur ces bases on peut admettre que le Bassin de Paris a été le siège d'une épirogenèse positive à la fin du Maestrichtien. Les anticlinaux où se localisent les paléo-vallées les plus accusées (Vigny, Montain­ville...) ont vraisemblablement rejoué differentiellement à cette époque."(...) "L'épaisseur moyenne des dépôts tertiaires n'excédant que rarement 200 m, il ne semble pas qu'on puisse invoquer à cette époque, "un mécanisme tectono- sédimentaire entre la subsidence des synclinaux sous le poids des sédiments et le soulèvement compensateur des anticlinaux" (A. Perrodon, 1977)". L'évolution tectonique du bassin parisien au Cénozoi'que résulterait d'une reprise des structures hercyniennes sous l'influence des compressions pyrénéenne et alpine...

    (Bull. Soc, géol. France, (7), t. XXI, n° 1, p. 34)

     

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    Non seulement les poches argilo-silteuses sont relativement fréquentes à Vigny (souvent à l'avant des blocs glissés), mais surtout les diagrammes "X" montrent nettement les pics des argiles  kaolitite+illite, ce qui implique la  présence de zones émergées à proximité du récif (la falaise et le sommet de l'anticlinal). Ces argiles résultent d'un drainage continental (massif armoricain?) dans des régions soumises à des alternance sèches et humides (dernière condition impérative). En milieu marin la kaolinite se transforme rapidement en smectite... L'absence totale des smectites à Vigny est donc aussi significative.Le diagramme a été réalisé en 1980 par P. Bouniol (qu'il en soit remercié!).

     

    (67) -1980- J.M. Lulin reprend les données sédimentologiques et paléontologiques concernant le gisement de Vigny. C'est une compilation.

    (Bull. Ass. Géol, bass. Paris; n° hors-série, excursion B-16, p, 10 à 12)

     

    (68) -1980 -F. Mégnien & all présentent une corrélation des principaux gisements « dano-montiens » du bassin parisien. Rien de nouveau. 

    (Synth. Géol, bass, de Paris, mém. B.R.G.M., n° 101, p. 33 8-342)

     

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    (69) -1980 -R Wyns reprend les données géochimiques d'Y. Guillevin et M. Renard à l'indentique: "Le dosage du strontium dans les calcaires permet de suivre les paléo-salinités dans le temps et dans l'espace:

    a) Episode récifal inférieur. On peut y distinguer un secteur Ouest à teneur assez élevée (moyenne 295 ppm) correspondant à l'avant-récif ouvert-t sur la mer et un secteur Est à teneurs en strontium plus faibles (moyenne 239 ppm) correspondant à l'arrière récif.

    b) Episode récifal supérieur. En moyenne les teneurs en strontium sont plus faibles que dans l'épisode récifal supérieur ce qui correspond à une tendance à la régression. On peut y distinguer, là aussi, un avant-récif à teneurs élevées (moyenne 213 ppm) à l'Ouest et un arrière-récif à teneurs plus faibles (moyenne 158,5 ppm) situé vers l'Est.

    c) Les craies, la teneur est forte dans la craie campanienne de base (124? ppm). La craie durcie présente des teneurs moins fortes (573 ppm) mais de beaucoup supérieures à celles des calcaires dano-montiens."

    (Synth. Géol, bass. de Paris, mém. B.R.6.M, n° 101, p, 338-342),

     

    (70) -1980 - N. Desprez, J. Labourguigne & J, Manivit décrivent l'évolution des principales struc­tures du bassin de Paris. Je résumerai ce qu'ils disent à propos des trois structures qui concernent le site de Vigny: anticlinal de Vigny, faille de Battthelu et synclinal de la Viosne.

     - Au toit du Dogger les principaux axes anticlinaux et synclinaux sont déjà apparus.

    En d'autres termes, leur structuration au moment des dépôts calcaires récifaux de Vigny est dans la continuité d'une tectonique armoricaine / varisque sensible depuis le Paléozoïque (v. aussi. B. Pomerol, ibidp. 21-25).

     - Au toit du Jurassique supérieur les éléments structuraux semblent évoluer de façon peu marquée voire même, pour l'anticlinal de Beynes-Meudon, s'estomper. Mais la faille de Banthelu est dessinée.

     - La fin du Crétacé est marquée par le déplacement des zones de subsidence vers le sud du bassin. Il est à noter qu'aucune zone de subsidence n'est signalée au delà de Paris vers le nord-ouest (ce qui infirme indirectement l'hypothèse du récif subsident de Marlière (48)

     - Au mur du Tertiaire, outre la formation de dômes et de cuvettes à faible gradient de pente on note la réactivation et l'accentuation des synclinaux / anticlinaux sous l'influence d'un basculement du bassin parisien du nord vers le sud.

    Enfin les zones subsidentes au Tertiaire s'alignent en chapelet selon une direction sud-ouest / nord-est... On peut mettre en relation les données résultantes de cette étude (et ici traduites en résultats applicables à Vigny) avec celle de C. Cavelier & C. Pomerol (1979) déjà signalée (66). "L'épaisseur moyenne des dépôts tertiaires n'excédant que rarement 200 m, il ne semble pas qu'on puisse invoquer à cette époque, "un mécanisme tectono-sédimentaire entre la subsidence des synclinaux sous le poids des sédiments et le soulèvement compensateur des anticlinaux" (A. Perrodon, 1977).

    L'évolution tectonique du bassin parisien au Cénozoïque résulterait donc d'une reprise des structures hercyniennes sous l'influence des compressions pyrénéenne et alpine... Cette étude qui nécessiterait un développement plus précis est très utile pour la compréhension du contrôle tectonique des structures récifales et autres (et ce depuis le Trias...)

    (Bull. Inf Géol. Bass. Paris, vol. 17, n° 4, p. 61-67)

     

    (71) -1981- P. Bouniol décrit et figure trois espèces de cérithidé de Vigny : Pyrazus vignyensis, Potamides n. sp. et Rhinoclavis (Pseudovertagus) gea (d'Orb.) (éch. coll. Meyer) et il donne la stratigraphie du Danien et du Montien (tableau 2).

    (Bull. inf. Géol. Bass. Paris, vol. 18, n° 2, p. 21-23)

     

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    (72) -1987 - J. C. Meyer. Essai de synthèse sur le gisement de Vigny. De nombreuses espèces nouvelles sont citées et  figurées :

     

    • Algues Archeolithothamnium mamillosum (figuré) et Parachaetetes asvapatii (figurée), Néomeris, Cymopolia, Jodotella et Dactylopora (figurés);

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    Dactylopora elongata, n. sp. (fide Meyer, 1986). Par son organisation et ses dimensions, cette espèce ne peut être rapportée qu'aux Bornetellidés. La dimension des cystes, les ramifications simples, la disposition des cystes autour des ramifications et sur toute leur longueur. D. elongata par ses ramifications basales stériles (D & F) ne peut être comparée qu'à D. cilyndracea de l'Eocène mais elle en diffère par la présence de cystes sur toute la longueur des ramifications (G), par un nombre plus grand de verticilles stériles (F) et par sa plus grande taille.

     

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    Jodotella vignyense, n. sp. (fide Meyer, 1986). Représentée par des empreintes internes très finement moulées par de la microsparite différe des deux autres espèces thanétiennes rapportées au genre par sa taille plus grande et par les ampoules plus grandes et qui sont disposées sur les ramifications primaires ET secondaires.

     

    Image2-copie-2 Neomeris (Larvaria) sp. présente quelques analogies avec  Neomeris cretacea, Steinmann, 1899 (manchon, allure des ampoules, ramifications). Aucune espèce tertiaire ne me parait devoir être comparée avec N. (Larvaria) sp.

     

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    Neomeris (Neomeris) sp. Ampoules et ramifications secondaires situées dans le même plan... Cette espèce d'affinité tertiaire se distingue par sa taille importante.

     

    • 25 nouveaux taxons de foraminifères dont Coscinophragma cribosum (figurée), Haddonia danica (n. sp.) (figuré), Globigerina daubjergemis (figuré)

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      Coscinophragma cribosum, (Reuss, 1871), test fixé, structure interne labyrinthique avec quelques traits rappellant Bdeloidina (septes secondaires, stade initial non enroulé... C'est une espèce intermédiaire... Je garde l'attribution de P. Marie... Existe à Vigny dans le Danien et dans la craie à bryozoaires (transition Campanien/Maastrichtien)

     

    • Spongiaires Doryderma cf. ramis lus (figuré), Acanthochaetetes sp (figuré)

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      A : Porosphaera globularis (Phillips, 1829) non remaniée. Clionia sp. 1 Les cliones sont nombreuses et bien conservées sous forme de moules interne. Leur réseau est donc facilement différentiable. Je compte dans le Danien de Vigny 3 espèces bien différenciées appartenant à ce genre. C : Bien qu'il s'agisse probablement d'un taxon endémique au Danien de Vigny je rapporte cette belle espèce et abondante à Doryderma (Brochodopora) ramusculus (Schrammen, 1910). D : Leiostracosia subreticulata (Ravn, 1899) (non Laocaetis cf. hexagonalis, Schrammen, 1910 in Meyer 1987, pl. II fig. 2). L. subreticulata est connue aussi à Faxe. E : Acanthochaetetes danicus, n. sp. (fide Meyer, 1986) est assez abondante à Vigny. Tubes moins grands, plus irtrégulièrement répartis, à croissance plus rapide que chez A. favosites (Oppehein, 1899, fide Fischer & Voigt, 1978).

     

    • Hydrozoaires : Pliobothrus laevis (figuré) et Sporadopora faxensis (figuré);

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    Sporadopora cf. faxensis, Nielsen, 1919. 1 : Aspect de l'échantillon référence. 2 : coupe subaxiale en L.M. 3 : G = gastropore, D = dactylopore. 4 : Schémas.Cette espèce est extrêment abondante en certains points du gisement (tombant récifal) où elle constitue parfois plus de la moitié des gravelles! Sans signification bathymétrique cette espèce est par contre probablement importante pour ce qui concerne la stratigraphie. Elle est connue du Danien moyen (zone à Bruennichi) en Europe du Nord et au Groenland...

     

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     Pliobothrus laevis, Nielsen, 1919. Aspect général. Les deux espèces d'hydrozoaires (des Stilasterina) trouvés à Vigny sont connues du Danien scandinave...

     

    • Octocoralliaires: Polytremacis vignyensis (figuré), Epiphaxum m sp. (figuré);

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    Polytremacis vignyense, n. sp. (fide Meyer, 1986) cette espèce correspond certainement au P. supracretacea  décrit par d'Orbigny en 1850 mais sa diagnose est courte et imprécise et l'holotype de son espèce semble perdu. Au niveau spécifique c'est finalement Selidolithus arnauldi, Alloiteau, 1957 qui ressemblerait à priori le plus à l'espèce de Vigny. Mais elle en diffère radicalement par un coelenchyme exclusivement lamellaire, le diamètre plus faible des tubes calicinaux et ses granules circacalicinales plus petites. Cette espèce très abondante et dont les colonies peuvent dépasser 100 mm de diamètre semble caractériser les assises daniennes du bassin parisien. J'ai retrouvé cette espèce à Montainville (rive gauche), Laversine (base) et Bray-Lû.

     

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     Epiphaxum micropora n. sp. . Cette espèce encroûtante ou bifoliée existe à Vigny et Montaiville base. C'est une espèce d'affinité crétacée. E. murchinsoni du Santonien de Gosau montre des tubes plus grands et ses colonies qui ne sont qu'encroûtantes. Les barres correspondent à un millimètre.

     

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     N. gen., n. sp. Ce bel octocoralliaire se caractérise par l'absence d'astrorhises, par l'ornementation du plancher des colonies, par l’absence de pseudo-septes, par l'irrégularité des tubes coelenchimaux... En fait ce taxon est à rapprocher des Stromatoporoidea... Qui s'éteignent au Crétacé! Par ses caractères originaux et son allure ce fossile n'a, à ma connaissance, pas d'équivalent... D'ailleurs les octocoralliaires fossiles sont un taxon qui pourrait réserver d'assez nombreuses surprises concernant la taxonomie...

     

    • Scléractiniaires: 

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     Actinastrea decaphylla (Michelin, 1847) n. var. Voici une espèce qui apparait avec certitude dans le Cénomanien, qui est très abondante au Coniacien, que l'on retrouve dans le Maastrichtien de Catalogne et qui est abondamment représentée dans le Danien de Vigny. D'ailleurs le genre n'est, à l'exception d'A. decaphylla, que Crétacé! Oncques météorite! Oncques nuées et froidure! Yes, my dear! Mais alors, moi je croyais que les polypiers étaient des organismes très sensibles à la moindre variation de salinité, de température, d'éclairement....

     

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     Actinastrea microphyllia, d'Orbigny, 1850 (fide Meyer, 1987)... Encore une actinastrée bien typique! J'ai gardé la nomenclature de d'Orbigny (1850) bien que l'holotype semble perdu et que la diagnose originale ne permette aucune caractérisation de l'espèce. A. microphyllia existe aussi à Montainville (base évidemment!). Seule A. multituberculata Alloiteau 1954 du santonien ressemble à l'espèce danienne. Elle en diffère pourtant par ses polypiérites plus petits, par la muraille septothècale qui est moins épaisse.  A : Plastotype associé à Tectus gabrielis (d'Orb., 1848). B : Moulage en plâtre. C : Moule externe naturel. D : Moulage rodorsil. Noter l'ornementation péricalicinale épineuse. E: Schéma structural.

     

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     Placocoenia sp. 1 - Polypier plocoïde encroûtant. Périthèque tabulo-vésiculeuse. Pas d'holothèque? S3 réduits. Ornementation péricalicinale consistant en 24 costules subégaux. La seule espèce proche, P. macrophtalma (d'Orb. 1849), espèce type du genre, est maastrichtienne. Placocoenia sp. est encore une espèce d'affinité crétacée.

     

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     Placocoenia sp. 3. Je présente cette autre espèce de Placocoenia pour faire ressortir la variété, dans un même genre, des espèces présentes à Vigny. En 1987 je dénombrais 32 espèces de scléractiniaires. Aujourd'hui le nombre de taxons recensés dépasse la quarantaine d'espèces. Que l'on ait pû froidement affirmer que les formations "pisolithiques" n'étaient pas de nature récifale me sidère! Une heure sur le terrain suffit à l'observateur impartial pour s'en convaincre. Par ailleurs les exemplaires sont de qualité exceptionnelle, bien que leur test se présente sous forme de moules externes... On peut même en analyser la structure fine et la croissance (fig. E à H).

     

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    cf. Actinhelia sp. Je figure cette nouvelle espèce pour souligner l'originalité du cortège de polypiers du Danien de Vigny. Je place Actinhelia, après Alloiteau, 1957 au sein des turbinaridés en raison de leur structure périthècale très particulière (qui n'est connue que sur ce taxon!) en insistant sur le fait que les genres Actinhelia et Turbinaria ne semblent alors pas devoir être conservés au sein des Eupsamiida. Cependant les échantillons de Vigny présentent des caractères intermédiaires entre les Stylinida, Alloiteau, 1952 et les Actinacis, d'Orbigny.

     

     

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     Thalamocoenia vignyensis n. sp. (fide Meyer 1987). Synapticules présents, muraille parathècale/septothècale,  septes subconfluents et anamostosés. Affinités crétacées!

     

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     Brachyseris supracretacea, (d'Orb. 1848), Felix, 1914, espèce connue du Maastrichtien au Montien inférieur. Je l'ai trouvé à Montainville (Danien et Montien inférieur), à Bray-Lû et à Laversine. Elle existe dans le Maastrichtien de Maastricht (columelle massive perforée et polypiérites non limités par une muraille périthècale.

     

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     Actinacis cf. haueri, Reuss, 1854. Si cette espèce est confirmée (je n'ai pû en observer l'holotype) nous avons ici, encore, un taxon crétacé qui franchit la limite C/T!

     

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     Synastraea danica, n. sp. (fide Meyer, 1987) est une espèce très abondante à Vigny. Elle existe à Ciply (coll. de la Fac. Polytech. de Mons) et je l'ai retrouvé à Montainville. Holothèque épaisse. Eléments radiaires biseptaux. Affinités crétacées...

     

    Image9-copie-1.jpgReussicoenia vignyense, n. sp. (non Antiguastrea vignyensis, Meyer, 1987). Colonie épaisse, plocoïde. Gemmation extracallicinale. Costoseptes épaisses non confluentes. Columelle spongo-papilleuse. Dissipiments endothécaux vesiculeux. Pas d'espèce comparable. Genre d'affinité crétacé.

     

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     cf. Brachyphyllia maxima (Umbgrove, 1925) (fide Meyer, 1987) ne peut être rattaché au genre Baryphyllia ne montre pas de columelle (ici, elle est large et papilleuse) et ses septes sont synapticulaires et perforés. Barysmilia possède une columelle lamellaire soudée à un septe.  Enfin, d'après M. Beauvais 1982, la gemmation chez Brachyphyllia serait extracalicinale... Ce qui laisse un doûte sur cette attribution générique... Quoiqu'il en soit c'est bien l'espèce de Maastricht que nous retrouvons dans le Danien de Vigny!

     

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     Neocaeniopsis cf. fasciculata (Morrens, 1828). Je rapporte les exemplaires de Vigny par comparaison avec les figures d'Umbgrove, 1925...Genre d'affinité crétacé.

     

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     Calamophylliopsis crassicalami, n. sp. (fide Meyer 1987) Toutes les formes daniennes décrites récemment diffèrent du taxon ici signalé par le dioamètre des polypiérites, par l'organisation du coenosteum laminaire largement espacé organisé en planchers joignant les polypiérites largement espacés, jamais coalescents. Le genre est essentiellement mésozoïque.

     

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     Haplohelia regularis, (d'Orbigny, 1848). Polypier plocoïde à ramifications dendroïdes. Encore un genre crétacé qui franchit la limite K/T Le petit gastéropode visible sur la photo E : Homalopoma carinata . A noter l'abondance des organismes encroûtants visibles sur les exemplaires épigénisés par la calcite: serpulidés, bryozoaires... Fig. G: traces de prédation dues aux gastéropodes.

     

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     Calamophyllia vignyensis n. sp. (fide Meyer, 1987) (non Faksephyllia faxoensis (Beck, 1837). Cette espèce, très typique des formations de tombant récifal (on la trouve en place) diffère radicalement de l'espèce danoise par la présence d'une épithèque discrète et par l'angle de séparation des bourgeons beaucoup plus faible. On ne peut rattacher le taxon parisien à Rhabdophyllia qui montre des colonies dendroides à costoseptes compacts et dont la columelle est compacte... Calamophyllia et Rhabdophyllia sont essentiellement mésozoiques...

     

     

     J'écrivais en 1987 "Si l'on excepte la figuration d'Actinacis vignyensis par Alloiteau en 1987 les scléractiniaires de Vigny n'ont, à l'heure actuelle jamais été décrits (...) ni révisés." 

    32 taxons sont signalés à Vigny (j'en compte aujourd'hui plus de 40!). Comme on l'a vu au travers des espèces ici représentées, les polypiers massifs et en lames dominent... Les formes érigées, arbustives, sont très peu nombreuses quoiqu'abondantes en certaines zones récifales (tombants). L'abondance des scléractiniaires à Vigny, qui sont des éléments majeurs dans la structuration des roches (bindstones), leur grande variété spécifique "montre bien que nous avons affaire à un vrai récif corallien".

    A Vigny tous les genres de scléractiniaire reconnus sont d'affinité crétacée et surtout les éléments franchement tertiaires sont absents.... Il ressort de ce fait incontournable que les thèses catastrophistes (météorite...) en prennent un sérieux coup dans l'aile... Comment des animaux aussi sensibles aux moindres variations de température, d'éclairement, de turbidité auraient-ils pu franchir la limite K/T sans être pour le moins affaiblis??? Sans qu'ils disparaissent dans une proportion au moins égale aux grands vertébrés terrestres, aux ammonites, aux belemnites??? C'est à dire presque totalement!

    Ce sont les organismes qui sont les plus tributaires de la température et de la luminosité qui franchissent allègrement (non ce n'est pas un hommage crypté!) la fatidique limite! Les algues et les polypiers s'amusent des retombées météoriques et poursuivent leur petit chemin évolutif pour, en ce qui concerne les polypiers, être relayés par la "génération montante" qu'à partir de l'éocène (un saut "minuscule" de dix millions d'années au moins!) "Les organismes mobiles (...) et donc capables de choisir un lieu refuge,  disparaissent: les bélemnites, les ammonites, les dinosaures...". Que ce soit les différentes hypothèses faisant  appel à des événements exceptionnels (méga-éruption acides dans le Deccan qui ont formés les trapps, météorite qui est tombée dans le golfe du Mexique quelques 40 000 ans avant la disparition définitive des dinosaures, réduction des marges continentales) toutes se heurtent au fait que les dinosaures ont été relayés par les oiseaux (qui n'en diffèrent anatomiquement que par un seul point : le bréchet), que les scléractiniaires ne sont nullement perturbés...

    Pour moi il faut donc chercher ailleurs. Les changements drastiques qui génèrent le passage "catastrophique" du crétacé au tertiare n'ont certainement pas eut lieu comme on le décrit habituellement.

    Les phylla qui disparaissent sont tous en "fin de course". C'est à dire que si l'on constate, pour certains, une explosion des espèces (les ammonites), celle-ci n'a lieu qu'au seul niveau spécifique, ou générique, mais pas au delà... Les ordres, les familles se réduisent.... En somme cela ressemble à la mort d'un rosier qui donne toutes ses fleurs juste avant de disparaître.

    On peut aussi invoquer l'hyperspécialisation qui a probablement été un facteur déterminant lors des modulations climatiques entraînées par l'ouverture de l'Atlantique nord.... Et les perturbations sérieuses, mais locales, générées par le volcanisme acides du Deccan et la météorite mexicaine (la présence d'iridium dans les argiles basales du Danien est incontestable) ont été le "coup de grâce" pour des êtres hyperspécialisés et incapables de "reconversion" (je pense aux dinosaures, aux ammonites bien sûr! Loin de moi l'idée d'étendre cette constatation à un phénomène social).

    Les poissons, les nautiles, les oiseaux (encore peu diversifiés), les mammifères, les phanérogames, les insectes étaient tous plus versatiles, présentant des structures génétiques plus ouvertes... Ils ont pris occupés les niches et épuisés les derniers hyperspécialisés du crétacé.

    Pendant ce temps les coraux, pourtant inféodés à un milieu strictement défini, s'adaptaient doucement aux changements en étant "déplaçés", entraînés, vers les zones qui leur sont favorables... Le Gulf Stream se met en place à cette époque! Qu'à cela ne tienne, ces organismes fragiles sont entraînés sur un bien plus courte distance que celle de l'Atlantique nord aujourd'hui dans le courant eaux chaud qui remonte du Mexique vers la Scandinavie... Ainsi se construisent les récifs les plus septentrionaux qui aient jamais été!

     

    En résumé, je pense que les changements faunistiques qui marquent la transition K/T trouvent d'abord leur origine dans les organismes eux-mêmes (épuisement génétique) amplifié par une succession d'évènements externes (météorite, volcanisme, ouverture de l'Atlantique Nord)... Il n'y a pas de variation climatique pérenne entre la fin du Maastrichtien et le début du Danien... Et c'est pour ça que celles induites par l'homme, en un éclair de temps (à l'échelle géologique), du fait de son activité techno-consommatrice capitalistique,  sont si dangereuses!

     

     


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